Prendre sa place n’est pas un acte anodin. Pour certaines personnes, c’est même un défi intérieur majeur.
Dans des situations extrêmes, un enfant qui grandit dans un environnement violent apprend à ne pas se plaindre. On lui a fait passer l’envie de se plaindre. Il a peur des conséquences. Peur que quelque chose de violent lui arrive.
Alors il ne se donne plus le droit d’être triste. Ni en colère. Ni de demander.
Il s’auto-censure. Il s’« auto-castre ». Ou il est « castré » symboliquement par son environnement.
À l’âge adulte, cela peut devenir une croyance profonde :
« Je ne suis pas digne de prendre ma place. »
Une honte diffuse s’installe. Et la juste colère , celle qui protège, se confond avec la violence.
Deux stratégies apparaissent alors :
- Soit on ne prend pas sa place et l’on se fait marcher sur les pieds.
- Soit, pour ne plus jamais être écrasé, on prend trop de place et l’on abuse de son pouvoir.
Prendre sa juste place, ce n’est ni dominer ni s’effacer. C’est se respecter tout en respectant l’autre.
Que signifie prendre trop de place ?
Prendre trop de place, c’est exercer une prise de pouvoir. Cette prise de pouvoir peut être :
- physique
- verbale
- sensorielle
- émotionnelle
- mentale
- énergétique
Quelques exemples concrets :
- Parler très fort au téléphone dans un TGV alors que les autres cherchent le calme : prise de pouvoir sensorielle.
- Adopter une posture menaçante ou un geste violent : prise de pouvoir physique.
- Entrer dans l’espace intime d’une personne inconnue : prise de pouvoir énergétique.
- Tenir des propos qui attaquent les valeurs de l’autre (par exemple des propos homophobes) : prise de pouvoir mentale.
- Couper constamment la parole : prise de pouvoir verbale.
- Faire du chantage affectif :
« Si tu me quittes, je risque de faire une connerie. »
→ prise de pouvoir émotionnelle.
La prise de pouvoir dans la conversation est particulièrement répandue. Elle peut être consciente ou inconsciente.
On entre alors dans le champ de la manipulation.
Certaines formes sont visibles et punies par la loi. D’autres sont plus subtiles, mais tout aussi destructrices.
(Un article sera prochainement consacré à la manipulation.)
Et ne pas prendre sa place, qu’est-ce que cela veut dire ?
Ne pas prendre sa place, c’est :
- Consentir en permanence.
- Laisser faire malgré son non-consentement.
- Faire passer les besoins des autres avant les siens, en toute circonstance.
- Ne pas savoir dire « non ».
- Attendre que les autres prennent soin de nos besoins à notre place.
Si vous ne faites jamais passer vos besoins en premier, ne supposez pas que les autres le feront pour vous.
Prendre sa juste place : un acte de déconditionnement
Prendre sa juste place demande de se déconditionner.
Cela suppose :
- Sortir du rôle attribué dans l’enfance.
- Questionner son éducation.
- Identifier les croyances limitantes.
- Oser être « déloyal.e » à sa famille lorsque cela est nécessaire à son intégrité.
Beaucoup d’enfants ont appris à se faire petits. Parce qu’on leur a fait croire que :
- Se mettre en lumière attire la jalousie.
- Prendre sa place casse les liens.
- C’est égoïste ou prétentieux.
- En tant que femme dans une société patriarcale, c’est dangereux.
- Se faire remarquer expose à des risques.
Alors, adulte, on continue de s’effacer.
Prendre sa place peut signifier :
- Quitter l’entreprise familiale.
- Abandonner des études choisies par d’autres.
- Mettre fin à une relation où l’on ne se sent pas respecté.
- Oser dire non.
- Poser ses limites.
C’est assumer d’être oiseau… et désapprendre à être poisson.